Hana-Rebecca Bolkonski

Journal

Malá mořská víla

   Voilà bientôt deux ans, j’ai découvert au hasard d’une poussée de fièvre une pépite (à mes yeux) du cinéma tchèque : l’adaptation de La Petite Sirène d’Andersen par Karel Kachyňa, qui date de 1976. Une fois la dimension kitsch du film… acceptée et digérée, il révèle avec justesse toute la poésie et l’aspect tragique du texte originel, et j’avoue en regarder régulièrement les cinq dernières minutes que je trouve magistrales, surtout grâce au jeu incroyable de son actrice principale Miroslava Safrankova. Tant d’émotions se lisent dans ses yeux, dans son souffle, à l’instant fatal… !

 

   L’inspiration.

 

   La Petite Sirène est mon conte favori (et j’inclus, en disant cela, toutes ses variantes, des ondines aux rusalkas ; sans doute devrais-je plutôt parler d’archétype, dans ce cas, que de conte). Je possède encore l’exemplaire où je le lus pour la première fois, et où sont conservées comme au premier jour les traces de mes premières larmes dues à une œuvre fictive. Difficile de raconter autrement que par le sentiment mon lien à une histoire qui m’a autant marquée, difficile d’expliquer pourquoi j’admire autant ces éternelles incomprises aquatiques, jamais à leur place, à la volonté de fer, prêtes au sacrifice de leur vie pour essayer de renverser un ordre naturel immuable… Peut-être parce que je m’y suis toujours identifiée, ou peut-être, à l’inverse, parce que leur exemple m’a poussée à voir ce qu’il y avait hors de l’eau, et advienne que pourra.

 

La copie.

 

   Ce que je préfère dans la pose, vraiment, ce n’est pas de voir mon visage (j’ai déjà trop d’un miroir chez moi, merci bien), mais d’endosser le costume, de subir parfois la longueur de certaines attitudes le temps que le photographe fasse ses derniers réglages, de sentir une force passer à travers soi pour exprimer agitation, langueur ou mépris, devenir un canevas, une pure création dans le corps tel qu’il a été forgé. C’est aussi l’état d’esprit qui me traverse quand je m’habille : qu’ai-je envie d’exprimer, de devenir à tel instant ? Je me dis souvent que, quitte à avoir un corps à laisser paraître, autant qu’il devienne lui aussi un outil au service de l’acte créateur, que rien ne soit gâché, d’une certaine façon.

   Se mettre au service, donc, et je crois avoir rarement ressenti autant d’excitation qu’à l’instant où je me suis dit, Tiens ! Ce film est si réussi, j’aimerais beaucoup lui rendre hommage. C’est une déclaration d’amour, cette séance, mûrie pendant des mois — ce n’est drôlement pas facile, les déclarations d’amour — et dont les détails furent choisis avec soin.

   Pour les images, j’ai évidemment demandé à Charlotte Skurzak si le projet l’intéressait, et elle s’est montrée enthousiaste. Elle a voulu jouer avec des filtres instantanés périmés, rappel abstrait de l’élément aquatique sur lequel il est si difficile d’avoir une prise… Le résultat final dépendait donc, outre de son talent, du hasard, principalement quant à la couleur, ce qui me paraissait parfait pour rappeler les tonalités parfois hasardeuses du film.! La coiffure a été confiée à Margaux le Mouton noir, qui s’est vraiment appropriée l’architecture saugrenue des chevelures bleues des ondins. Quant à la robe, Clara Maeda a eu la gentillesse de me prêter sa sirène fantôme. Aussi bien entourée, il ne restait qu’à se laisser porter.

 

 

Photos : Charlotte Skurzak

Coiffure : Le Mouton noir

Stylisme : Clara Maeda

 

(D’autres images se trouvent sur mon Tumblr. Et si Malá mořská víla vous intéresse, vous pouvez le trouver en intégralité sur Youtube, sous-titré en anglais.)